jeudi 14 septembre 2017

Ecorce, compagnie Argile


Les corps sont agités. Corps convulsifs, corps éruptifs. La matière tressaute de saccades en soubresauts. Y a-t-il quelqu’un là-dedans ? Y a-t-il un dedans ? Une intériorité ? Cela se meut sans but, cela s’agite sans fin. Ce n’est pas du vivant. Un pur mécanisme qui s’affole, des gonds qui ont sauté. C’est quelque chose de l’ordre de la catastrophe. 

Puis ils se regardent. C’est le débarquement de l’âme. Les yeux ne sont pas le miroir d’une intériorité déjà là. Les yeux qui se croisent font naître le regard, de toi à moi, de moi à toi, un accouchement. La matière n’est plus impersonnelle. Elle est quelqu’un. Elle est plusieurs qui prennent conscience, ensemble. 

C’est alors le temps du groupe. Il n’est pas impersonnel. Les individualités sont là, agissantes, pleines de volitions et de désirs. On se met à deux et on regarde le troisième. On s’unit tous les trois et on délibère. C’est le règne de la politique. Il faut vouloir ensemble. Se décider. Se protéger. Savoir où l’on va. C’est l’ère du jeu, aussi. Les ballons sont moqueurs. On s’impressionne. On se rend compte du pouvoir mimétique. Il peut aller jusqu’à l’hypnose. Un seul geste et l’autre s’anime selon notre ordre. Il fait corps avec notre âme. Une harmonie. Le concert des esprits. On l’entraîne avec soi sans même le toucher. Il le veut bien. Il pourrait décider de ne plus nous suivre et retourner à son individualité. 

On pourrait tous décider de revenir à nous. 

Jeudi 14 septembre 2017, Lycée Mahatma Gandhi, saint André, la Réunion