samedi 12 novembre 2016

BOI, Galapiat Cirque



Surenchère de vinasse et de jetés sur canapé pour cette création qui, croit-on deviner, parle de la manière qu'ont les mâles de s'entraider en cas de coup dur d'un des leurs, abandonné par une conquête qui a foutu le camp. Sa soif de consolation est impossible à étancher par les rasades de rouge (médaille d'or du Ministère de l'agriculture) et de rhum, et on le regrette: cela nous aurait épargné les roulés-boulés, les lancers de hache et les plongeons en roue libre, encouragés par la contrebasse émulatrice d'Eric Lebeau. On assiste impuissant et un peu navré au spectacle de ces deux congénères dont l'un assiste à la pâture de l'autre, et le Jojo de Brel, a capella, est le triomphe poignant de la bérézina avoisinante. 

Solidarité est le maître mot, dit Jonas Séradin au terme du spectacle, et joignant le geste à la parole, il transforme la scénographie en open bar. Mais de solidarité je n'ai rien vu: ou alors il faut l'entendre au sens étymologique, du latin solidus, "lien unissant entre eux les débiteurs de boisson". Eric Lebeau n'est pas l'ami qui console, c'est-à-dire qui restaure l'intégrité de l'ami abîmé: en buvant avec lui, et en pinçant les cordes de son instrument, il ne fait qu'encourager avec un soupçon de volupté l'homme perdu qui s'écrase avec lancinance. La contrebasse sonne le glas de la chute. S'élancer pour mieux tomber. 

Cela dit beaucoup, non pas de la médiocrité des rapports humains, mais des propriétés émergentes de l'amitié: avoir un ami, et boire avec lui, c'est être regardé par lui et regarder le monde à deux. Un ami n'est pas là pour me porter assistance ou changer l'ordre des choses, mais pour me regarder et regarder avec moi le monde, pour transformer la déconfiture en fête enfantine où à défaut de faire revenir le mort ou la morte, on peut dédramatiser le triste monde et le convertir en terrain de jeu où on rivalisera de descentes éthyliques et de rebondissements sur banc et sur canapé. Il n'y a finalement pas d'endroits si peu confortables ici-bas: il suffit d'un ami (et d'un open bar) pour faire du réel un pouf géant 

Samedi 12 novembre 2016, Fanal, Cité des arts, saint Denis.