dimanche 6 mars 2016

The revenant, Alejandro González Iñárritu

Tableaux d'un corps, corps souffrant, corps luttant, corps vengeur.

Les figures de la féminité tracent chaque fois l'ambivalence du vivant sous horizon de mort, travaillé à la fois par l'appétit de l'affamé, et l'acceptation de la finitude:  l'oursonne défendant avec la férocité de l'organisme menacé les petits, promesse de la perpétuation de la vie au-delà de l'individu voué à la mort prochaine; la charogne dépecée de la jument, carcasse encore brûlante dans laquelle, nu, s'abriter de la nature hostile comme dans une sépulture utérine, pour y battre le cœur maintenant que le premier n'est plus; l'amante et le fils, apparitions disparaissantes des morts qui cueillent encore le survivant, l'anime depuis une patrie immortelle où flottent encore les cloches d'une église en ruine. 

Dolorisme un peu trop appuyé sans doute, l'appât de la vengeance ne permettant pas tout à fait de donner sens à la lutte, l'affectant de vanité. Ou alors on eut aimé que la faute soit imprescriptible, plutôt que d'abandonner sur les flots le corps scandaleux à Dieu, laissant place alors à la miséricorde et au pardon infini, mettant un terme au ressentiment devant l'horreur du crime. Si l'existence ne se perpétuait que par le ressentiment, c'est-à-dire "le sentiment renouvelé et intensément vécu de la chose inexpiable" (Jankélévitch, L'imprescriptible), alors il faudrait mourir plutôt que de vivre repu, consolé par la justice réparatrice d'un Dieu qui a tout, sous la forme des Indiens sur leur vaisseau, d'un Deus ex machina, punisseur providentiel des torts, agent de la nécessité destinale. Pourquoi invoquer Dieu là où il y a la nature ? La référence à la transcendance divine ruine l'ode à la nature comme règne de la faim. 



Dimanche 06 mars 2016, Sainte Marie, la Réunion.