samedi 12 septembre 2015

Sully Andoche & Barbara Robert, Victoire Magloire dit Waro


Une jolie fantaisie militaire dans les théâtres de la guerre de 14-18 au gré des pérégrinations de Victoire Magloire, joué par Didier Ibao, deux fois frappé par l'oubli (l'indigène et l'usurpateur), et deux fois réparé: non, Victoire Magloire ne manque ni de dignité ni de densité, n'en déplaise aux forces coloniales avares en reconnaissance. Comment échapper à l'anonymat, comment accéder à la renommée, quand en plus on part avec le handicap sérieux d'avoir pris la place et le nom d'un autre ? Par l'enfantement. Victoire Magloire jubile et pleure en apprenant que son aimée est anvwadfami, qui plus est d'une fille, sauvée par son sexe de la guerre.  Il ne sera pas là quand son ti baba poussera son premier cri, fera son premier pas ou dira son premier mot: mais elle, elle sera là quand il sera temps de perpétuer le nom, et de l'inscrire sur le monument aux morts injustement oublieux.  La fécondité de Magloire le sauve du mépris étatique et de la dissolution dans la mort: ignoré il n'est pas par l'enfant, qui le dépouille de son sort tragique (la disparition pure et simple, dans le lointain des terres étrangères) pour ouvrir un temps infini, celui des générations en lesquelles baignent toujours les traces des prédécesseurs. Magloire, soldat inconnu, mais père illustre." Continuer l'histoire sans produire de vieillesse", selon la définition lévinassienne de la fécondité: c'est là un pari réussi par la compagnie Ibao.

Samedi 12 septembre 2015, théâtre Les Bambous, saint Benoit, la Réunion.