mercredi 2 septembre 2015

Joël Pommerat, Cendrillon



Une réécriture de Cendrillon qui fait de la jeune fille non plus l'éplorée mais la véhémente, non plus l'objet affreusement ballottée par des ravisseurs sadiques, mais sujet de sa propre vie, sculptant le malheur qu'elle désire car, par introjection, elle cherche le châtiment qui lui accordera la rédemption. 

Une réflexion autour du deuil impossible, avec lequel on ne peut négocier autrement que par un commerce masochiste par lequel les douleurs contractuellement exigées sauvent, au moins en partie, le sujet de la culpabilité écrasante qui le submerge. La Cendrillon de Joël Pommerat ne cesse de consentir à sa victimisation, de telle sorte qu'elle est plutôt agent que patient, sculptrice de son destin que subissant le mauvais sort. Se fourrer dans la fange, récurer la saleté car ce n'est que dans la boue qu'il est possible de payer sa dette imaginaire envers la mère morte, les rituels (la montre qui sonne) n'étant pas tant occasion de retrouver l'innocence, mais d'être toujours, encore, en faute. 

Cette faute, Cendrillon n'en sort pas parce qu'un beau prince vient à son secours: le schéma est inversé, et c'est parce qu'elle vient au chevet de celui qui est dans l'illusion, qu'elle peut elle-même frotter ses yeux et dissiper l'erreur, cette formidable erreur inaugurale qui a créé la dette dont, dès lors qu'elle comprend qu'elle est nulle et non avenue, elle peut enfin ne plus être la débitrice perpétuelle. 

Mercredi 02 septembre, théâtre Champ-Fleuri, saint Denis, Réunion.