vendredi 11 septembre 2015

Fabrice Melquiot, Quand j'étais Charles




Une méditation sur l'amour et le hasard: au seuil de l'abandon, l'être délaissé par celle qu'il a élue au hasard ne cesse de rappeler la fidélité indéfectible de celui qui aime parce qu'il a figé la contingence au mur de la chambre à coucher. Kierkegaard ne désavouerait pas ce Charles (joué par Vincent Garanger) comme représentant du stade éthique: la vie comme engagement à perpétuité. Charles est un être de promesses qui ne sauraient dégénérer en désaveux. En maître du temps, il ne signe pas l'arrêt du devenir ou la dissolution de la dimension d'efflorescence de la durée: car il ne cesse d'affirmer la liberté de son vouloir, incarnée dans le choix. Si mêmeté il y a, ce n'est pas par l'automatisme d'une habitude mais par une décision chaque fois renouvelée qui élit et réélit la promise. Alors quand c'est elle qui dissout dans un bain d'acide la continuité d'une existence, Charles s'accroche à l'identité analytique qui est la  sienne: il ne saurait devenir un autre qu'il est, son être se définit par une somme d'éléments simples (sa carrière de technico-commercial spécialisé en moiss-bat', son mariage) qu'il est rigoureusement impossible de désordonner ou de réarranger, de telle sorte qu'il faut faire appel au marabouteur pour qu'il restaure qui je suis et refuse de cesser d'être. La tentation du suicide, symbolisée par la corde pendante à laquelle il  s'agrippe pour allumer la lumière, est balayée d'avance car il est trop tard: ce qu'il eût fallu immortaliser, c'est Charles que j'etais, aimé de Maryse, et non l'abandonné dessaisi de lui-même parce que l'autre ne le confirme plus dans des choix qu'il doit désormais assumer dans un esseulement terrible.

Vendredi 11 septembre 2015, théâtre du Grand Marché, saint Denis, la Réunion.