vendredi 15 mai 2015

Under the skin, Jonathan Glazer


Le récit d'initiatique d'un être en aventure vers soi-même, cet autre qu'il s'agit de devenir. Scarlett Johansson campe une extraterrestre vampirisante qui passe du besoin au désir et de l'égotisme à la rencontre. Le scénario implacable de jeunes hommes mécaniquement ramassés sur la route et dévorés par l'eau noire qui les engouffre finit par ne plus se répéter: c'est la curiosité qui s'éveille et l'extraterreste au contact de cette humanité de moins en moins normée et de plus en plus bizarre passe de la prédation centripète (s'accaparer les corps, les intégrer à soi en faisant fi de leur hétérogénéité et sans même les toucher: une intégration toute abstraite et incorporelle) à la digestion (se rapporter à l'autre en tant que tel, au prix d'une chair contre chair). 

C'est aussi l'apprentissage d'une liberté: de l'extraterrestre agissant comme par mécanisme, on passe à une subjectivité qui se déroute du chemin établi et tombe dans une errance qui rompt l'aliénation. 

Errance qui n'est pas sans vulnérabilité: s'ouvrir à la surprise du monde (celle des phénomènes extérieurs, comme cet homme au visage défiguré qui rompt l'accoutumance de la normalité attendue, mais aussi la sienne, comme ce sexe inconnu dont on peut tâcher d'éclairer le mystère par une lampe), c'est s'exposer au risque d'être affecté et blessé par lui, faute d'une préparation qui ne peut plus être faite (la vie vécue, cette vie sans répétition).

Vendredi 15 mai 2015, saint Denis, la Réunion.