lundi 11 mai 2015

Myriam Omar Awadi et Nicolas Givran - La Chambre (il va mourir le chien)


Une performance désarçonnante qui ne cesse de déjouer les attentes, à tel point que pour ma part j'en suis sortie sur ma faim. Ce qui aurait pu être une complexité donnant à penser (la fécondité du paradoxe) s'offre plutôt, in fine, comme des incohérences qui annulent l'expérience elle-même. Alors que la trame elle-même s'avère prometteuse (une rencontre certes purement mercantile entre l'acheteur d'une place et le comédien qui se vend, mais jouant dans la distance même de cette relation faussée, déguisée et conventionnelle l'intimité d'un couple qui par le détour de l'irréel se donne à voir et toucher), on ne comprend pas trop ce que le concepteur du spectacle veut provoquer chez le spectateur.

 Le synopsis de la pièce annonçait la contemplation côte-à-côte du plafond d'une chambre à coucher, par l'intermédiaire de laquelle se serait offerte une course méditative au gré des pensées extériorisées par le corps, le souffle, la voix du comédien. Mais rien de cela; peut-être parce que c'est trop court (une toute petite dizaine de minutes dans la chambre - quoique un instant puisse conquérir l'éternité, mais ici de dilatation de la durée il n'y eût pas pour ma part).

Peut-être surtout parce que l'immersion est trop timide et hésitante (toute l'initiale du spectacle, le moment de la déambulation dans les coulisses du théâtre afin de parvenir à la chambre - lieu culminant, où on contemple avant que les rideaux blancs ne soient tirés la majesté du théâtre, vide, comme un cadavre exquis, peut-être un écho au corps du cafard mort qui est censé s'être abîmé dans les moulures du plafond). On se rencontre, on se salue, et cette montée des marches vers le lieu attendu est pétri d'explications faussement maladroites, où la genèse de la pièce est dévoilée (un chien  noir qui agonise sur un lit blanc, un couple dont on apprendra plus tard que le sommeil partagé est le moment de la séparation, le retour à l'individualisme), les rôles distribués (il va falloir déplacer l'autobiographique vers le fictif, de Myriam et Nicolas il n'y aura plus, sous mon propre arbitraire ce seront Aliénor et Cyril). Dans cette mise en abyme (faire comme si nous parlions d'une pièce ayant sa temporalité et sa spatialité spécifiques, distantes et distinctes des nôtres alors même que nous y prenons part ici et maintenant), on ne voit pas trop ce qui se trame.

On ne sait pas trop si la pièce a commencé ou si ce n'en est que l'initiale, on est encore soi et pas encore l'autre, c'est ce moment de transition entre la vie et le théâtre, ce long couloir où on doit apprivoiser la métamorphose. Ni en tant que spectatrice, ni en tant que personnage irréel que j'aurais endossé par force le temps du dispositif,  je n'ai été comblée. Mais doit-on attendre du théâtre qu'il nous comble...

Lundi 11 mai 2015, théâtre de Champ-Fleuri, saint Denis, la Réunion.