mardi 17 février 2015

Loom, Yuval Pick



Dans cette pièce dansée par Anna Massoni et Madoka Koyabashi, Yuval Pick propose un travail autour de la double polarité de l'être humain, cet être non pas statique mais constamment à la recherche d'un envol présupposant un enracinement originaire (mais non pas abandonné, puisque continuellement renouvelé).

Au travers des ondulations du corps, dont les mouvements l'entraînent tant vers la terre (les danseuses multiplient les inclinations ou prosternations) que vers le ciel (c'est tout le corps à partir de son centre qui se déploie, qui s'élève, qui cherche le dépassement altier), il s'agit peut-être de percevoir la complémentarité de ce qui n'est pas un dualisme indifférent mais un rapport de moyen à fin (trouver appui dans le bas pour mieux atteindre les hauteurs). 

Les deux danseuses, dans un dispositif-miroir, se font face et se regardent, et ce n'est pas seulement à l'harmonie de leurs corps répondants que l'on assiste, mais aussi au concert de leurs souffles, inspirant et expirant à tour de rôle, reniflant presque (l'animalité de l'homme ?), dans une sorte d'énergie du désespoir, ou pour signaler la profondeur et l'urgence de ce qui se joue ici.

Le regard, sérieux, partagé entre les deux danseuses, montre le caractère hautement signifiant de cette conduite répétitive: elle semble absurde pour un spectateur (à quoi bon cette frénésie répétée inlassablement, sans finalité apparente ?) mais revêt une forme de nécessité, contre la contingence pure; comme s'il était évident qu'il fallait, encore et toujours, tracter les forces du sol pour s'élever, avec une certaine pesanteur, vers le haut.

Mardi 17 février 2015, Lycée Mahatma Gandhi, saint André, La Réunion.
Jeudi 19 février 2015, théâtre de Champ-Fleuri, saint Denis, La Réunion.