mardi 25 novembre 2014

Mommy, X. Dolan


Un film pulsatile ne versant jamais dans le pathos grâce à un art ciselé du dialogue dans une langue dont Nolan dévoile le génie. Une mère borderline, qui vaille que vaille plie mais ne rompt pas face à ce fils inéducable, rétif à toute normalisation et à toute discipline, n'ayant que la liberté au corps et à la bouche, et d'une lucidité exacerbée (comme un sauvage dont l'innocence et l'immédiateté perceraient l'hypocrisie des civilisés retords) . On sort sonné de cette démonstration de l'excessivité et du trop-plein, l'explosion et le déchaînement n'étant pas tant visibles frontalement qu'en creux, en négatif: par contraste avec le resserrement étriqué et la clôture du format carré, ou bien par les plans de dos (comme pour épargner au spectateur la vue du visage des personnages, ou plutôt pour ne lui offrir d'échappatoire face à la férocité du discours). La micro-société qui se forme avec la voisine aphasique (dépassant l'impuissance de la verbalisation par l'expression, le mime, la gestuelle) trace comme les bords d'un monde, isolé et insulaire, rendu comme éternel par les techniques du flou et du ralenti, et qui finira par imploser, en laissant derrière lui les vestiges de ce monde alternatif qui n'a pas pu durer mais qui conquiert une forme d'immortalité, par-delà l'internement du fils et le déménagement de la voisine.

25 novembre 2014, Lacaze, saint Denis, La Réunion.