jeudi 13 novembre 2014

Louise Bourgeois. L’araignée, la maîtresse et la mandarine, Marion Cajori & Amei Wallach


Ce documentaire réalisé par M. Cajori et A. Wallach est foisonnant et dresse un portrait intimiste, sous horizon de mort, de la plasticienne Louise Bourgeois. Dans un dialogue où elle ne perd jamais le nord et, de main forte, maîtrise et discipline tous ceux alentours, l'artiste nous conte son enfance, pétrie d'émotions qui la dépassent et qu'elle ne cessera d'extérioriser pour mieux les exorciser. Fluette, quasi enfantine, sa silhouette tranche avec le tranchant de son discours aux accents sinon tyranniques du moins péremptoires et le caractère monumental de ses œuvres. Louise Bourgeois est dans la négation pure, l'insatisfaction créatrice: le sculpteur, comme elle aime à le dire, est celui qui mécontent du monde exerce toute sa puissance sur lui afin de le contraindre à épouser les formes décidées par sa volonté. Le rapport au père, ce tortionnaire, traverse toute l'intention créatrice d'une âme non pas en peine, mais en colère, d'une colère noire contre ce géniteur humiliant avec qui il y a beaucoup de comptes à régler. Une haine du langage, aussi, arme de destruction dans la guerre des sexes, comme Louise Bourgois le chantonne à la fin du documentaire ("il parle, mais elle parlotte", "il cuisine, mais elle popotte", "il siffle, mais elle sifflotte"...).



13 novembre 2014, théâtre Canter, sainte Clotilde, La Réunion.