mardi 15 juin 2010

La transformation rétrospective et prospective de l'existence par la fiction de la mort dans Les Rêveries

« Quant à la mort, elle n’implique aucune positivité d’aucune sorte[1] », montre Jankélévitch : pour Rousseau au contraire, la mort se voit attitrée de la plus grande positivité qui soit ; elle est ce qui ouvre, mais elle est aussi et surtout ce qui achève, le geste de la clôture étant essentiel dans la mesure où l’existence réclame, pour se constituer en essence, la mort non comme son antithèse ou son empêchement[2] mais comme la possibilité même de se réaliser. Rousseau joint à une conception négative de la mort telle qu’il la présente dans l’Emile, une approche qui considère cette dernière comme condition de possibilité pour la vie même et non au-delà d’elle. Dans l’Emile, la mort est ainsi envisagée comme la fin des misères et ce qui dédommage du triste présent que serait l’existence :
« Si nous étions immortels nous serions des êtres très misérables. Il est dur de mourir sans doute mais il est doux d’espérer qu’on ne vivra pas toujours et qu’une meilleure vie finira les peines de celle-ci. Si l’on nous offrait l’immortalité sur la terre, il n’y a pas un homme qui voulut accepter ce triste présent. Quelle ressource, quel espoir, quelle consolation nous resterait-il contre les rigueurs du sort et contre les injustices des hommes ? On a rarement le droit de se donner la mort mais il est souvent ordonné de l’aller chercher et très souvent permis de l’attendre. Si l’on n’était pas sûr de mourir une fois la vie coûterait trop à conserver ; mais aussitôt qu’elle est un vrai mal elle n’est plus un mal nécessaire puisque le mal qui la termine est inévitable et qu’en guérissant l’autre il peut devenir un bien[3] ».
L’existence soumise aux rigueurs impitoyables du sort est susceptible de devenir un vrai mal, c'est-à-dire un mal absolu qui ne peut être compensé que par son caractère fini : la mort apparaît comme ce qui guérit par cela même qu’il achève.
La seconde approche qui ne voit plus en la mort la seule fonction de terminer lui confère l’office de la limite qui par la définition qu’elle permet de l’existence, lui octroie la seule chose qui lui manquait irrémédiablement, c'est-à-dire la clôture. L’analyse de la Lettre à Voltaire qui se fait encore en 1756 au conditionnel[4] est confirmée, et l’existence consiste dans un bien inaliénable dont il n’est nécessaire de compenser aucun mal. La mort et la pensée de la mort ne constituent pas tant une consolation réparatrice qu’une condition positive pour faire de la vie le dédommagement même.
Sans la fiction d’une mort qui permet de convertir l’instant heureux en une éternité qui n’est plus jamais susceptible d’être interrompue (sinon par cette mort même qui, loin d’être une interruption négatrice, est un pouvoir affirmateur de ce qui la précède), Rousseau serait resté dans la situation de Julie telle qu’il la dépeint dans la troisième partie de la Nouvelle Héloïse :
« Enfin le voile est déchiré ; cet espoir si doux s’est éteint ; il ne me reste pour aliment d’une flamme éternelle qu’un souvenir amer et délicieux qui soutient ma vie et nourrit mes tourments d’un vain sentiment d’un bonheur qui n’est plus. Est-il donc vrai que j’ai goûté la félicité suprême ? suis-je bien le même être qui fut heureux un jour ? […] Jours de plaisirs et de gloire, non, vous n’étiez pas d’un mortel ! vous étiez trop beaux pour devoir être périssables […].  Hélas ! vous avez disparu comme un éclair ! Cette éternité de bonheur ne fut qu’un instant de ma vie[5] ».
Cette lettre de Julie montre que l’identité n’a pas pour seule condition la mémoire, puisque c'est précisément le souvenir qui émiette le moi par la désolidarisation qui se fait jour entre l’objet du souvenir et le temps présent. On pourrait considérer que ce bonheur goûté par Julie n’appartient qu’au domaine des plaisirs dont la vivacité sacrifie à la durée dont Rousseau regrette que la vie n’en soit que parsemée[6] sans pourtant attribuer à ces points fugitifs le statut du vrai bonheur. Ce moment délicieux bien que non pérenne se réduirait alors, selon le mot de G. Poulet, à une « fausse intemporalité obtenue par une sorte de multiplication des mouvements de l’âme sous l’empire de la passion[7] ». Mais la distinction qui est ici opérante n’est pas tant celle qui oppose les plaisirs clairsemés au bonheur comme état permanent, que celle qui sépare deux points de vue sur l’identité : le texte de Julie témoigne d’une identité disloquée et d’une existence faite d’une succession plutôt que d’une continuité[8] ; au lieu que les Rêveries permettent de ressaisir l’identité du sujet dans l’unité, sans que la mémoire soit nécessairement mise à contribution.
Par le désir de terminer ses jours dans son île, Rousseau transforme rétrospectivement et prospectivement son existence : l’expérience du lac de Bienne se voit non seulement purifiée mais convertie, et la durée dont la rêverie de la rive est le point de commencement se voit continuée jusqu’au seuil de la vie, jusqu’à la mort même, ce qui ne permet plus de distinguer le bonheur terrestre du bonheur ultra-terrestre, puisque tous deux closent définitivement l’existence[9], le premier n’étant plus menacé par le sentiment des maux qui peuvent à tout moment interrompre la jouissance. Est conquis un état continu et permanent dont l’horizon de la mort constitue la parfaite clôture sur soi-même, et non le point de passage vers un autre état (dont la fonction serait purement négative : contre la vie sur terre, annoncer et accorder une existence en tous points contraire à la première).
L’hypothèse d’une autre mort fait l’économie de toutes les circonstances extérieures qui l’empêchent. Le désir dont fait l’objet la fiction a supposé l’anéantissement de toutes les craintes relatives à ce qui ne dépend pas du promeneur solitaire, comme le contraste des Confessions permet de l’éclairer : « Ah c'est peu qu’on me permette d’y vivre je voudrais qu’on m’y condamnât et je voudrais être contraint d’y rester pour ne l’être pas d’en sortir[10] ». La fiction se recentre désormais sur la seule projection indépendamment des obstacles, au lieu que le passage des Confessions ne considérait le désir qu’à la lumière des vicissitudes et contrariétés qui le contraignent de n’être qu’un vœu pieux. En somme le Rousseau des Rêveries est-il parvenu à conquérir par lui-même, i.e. dans la fiction, le sort du prisonnier dont il fait l’objet vain de son espérance dans les Confessions :
« Je jetais un œil d’envie sur l’heureux Micheli Du Cret qui tranquille au Château d’Arberg n’avait eu qu’à vouloir être heureux pour l’être[11] ».
La fiction permet de substituer à un bonheur dont les conditions sont presque exclusivement externes (la condamnation par les autres à demeurer dans sa prison perpétuelle[12]), une félicité dont la ressource est purement intérieure : l’asile du souvenir purifié et de l’imagination se soustrait à toutes les manœuvres qui ne dépendent pas de soi.
Si nous nous rendus maintenant attentifs à la structure des deux textes qui relatent le séjour sur l’île Saint-Pierre, nous nous apercevons que là où les Confessions ne permettaient pas de dissocier entre le bonheur et l’inquiétude, la Cinquième Promenade isole la considération du bonheur de tout ce qui l’offusque. Ainsi le bonheur au livre XII des Confessions est-il plutôt signalé par ce qui l’empêche que par ce qui le permet. Rousseau le définit négativement ou du moins apparait-il en contrepoint de ce qu’il n’est pas, comme en témoignent les syntagmes tels que ceux du retranchement ou de la sortie : « Un jour à passer hors de l’Île me paraissait retranché de mon bonheur, et sortir de l’enceinte de ce lac était pour moi sortir de mon élément[13] ». La jouissance de l’état se heurte à une espérance négative. Le désir n’est pas tant celui d’une perpétuation que celui de la non-interruption : « l’ardent désir de finir mes jours dans cette Île était inséparable de la crainte d’être forcé d’en sortir[14] ». L’inquiétude n’est pas dans ce qui précède ou succède la jouissance mais elle l’habite :
« Ce repos dont je jouissais avec passion n’était troublé que par l’inquiétude de le perdre, mais cette inquiétude allait au point d’en altérer la douceur[15] ».
L’immanence de la crainte dans le plaisir constitue un obstacle interne à sa conversion en état, et c'est jusqu’au désir que l’instant soit durable qui se voit anéanti :
« Je sentais ma situation si précaire que je n’osais y compter […]. Ceux qui ne font que [me souffrir ici] peuvent à chaque instant m’en chasser et puis-je espérer que mes persécuteurs m’y voyant heureux m’y laissent continuer de l’être[16] ».
La description de la rêverie elle-même est habitée par les méchants qui, s’ils ne sont signalés que par leur absence, n’en demeurent pas moins présents négativement :
« Le moment où je dérivais me donnait une joie qui allait jusqu’au tressaillement et dont il m’est impossible de dire ni de bien comprendre la cause, si ce n’était peut-être une félicitation secrète d’être en cet état hors de l’atteinte des méchants. J’errais ensuite seul dans ce lac approchant quelquefois du rivage, mais n’y abordant jamais. Souvent laissant aller mon bateau à la merci de l’air et de l’eau je me livrais à des rêveries sans objet et qui pour être stupides n’en étaient pas moins douces. Je m’écriais parfois avec attendrissement : ô nature, ô ma mère, me voici sous ta seule garde : il n’y a point ici d’homme adroit et fourbe qui s’interpose entre toi et moi[17] […] ».
Au contraire, la description de la rêverie dans la Cinquième Promenade fait abstraction de tout ce qui pourrait déranger celle-ci pour se concentrer sur la seule positivité de l’expérience, indépendamment de ses conditions négatives (la solitude, la circonscription, l’absence des autres hommes). Si les obstacles peuvent faire irruption, comme la réflexion sur les vicissitudes de ce monde, leur anéantissement est sitôt constaté :
« De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image : mais bientôt ces impressions légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait[18] ».
La figure du bonheur du sage maintenu dans les bornes de sa place et sous le joug de la nécessité, tenant en équilibre son pouvoir et son désir, est rigoureusement dépendante de la deuxième, laquelle par la jouissance de l’anticipation imaginaire transporte le juste dans l’empirée divin. Il serait impossible à Emile d’être heureux en dépit des rigueurs du sort et des affronts des méchants, s’il n’était persuadé que « la mort est la fin de la vie du méchant et le commencement de celle du juste[19] ». En revanche, la troisième figure du bonheur ne doit rien aux deux premières : tandis que l’adhérence au moment présent ne constituait qu’une jouissance négative dont la conversion en vrai bonheur dépendait d’un transport dans l’avenir, cette fois le rapport à l’instant est vécu d’une toute autre manière qui permet que les bornes de la condition ne soient plus des frontières au-delà desquelles il sera nécessaire de déplacer, mais bien des limites constitutives qui confèrent à l’être sa définition. Pour que cette troisième approche du bonheur soit possible, il fallait que la dichotomie entre le plaisir et le bonheur ne soit plus tributaire de l’opposition entre l’instant et le temps. La simplicité et la permanence de l’état peut désormais être connue dans l’instant, étant entendu que la jouissance du présent peut - lorsque les conditions sont réunies[20] - n’être plus appréhendée sous le mode de la fugitivité mais sous celui, sinon de l’éternité, du moins d’une certaine durée victorieuse des entrecoupements et des ruptures qui étaient jusqu’alors le lot du sujet. C'est donc aussi un certain rapport au temps qui permet qu’à une projection dans le futur de l’âme détachée de toute temporalité terrestre soit préférée la conquête d’un bonheur dans l’instant. La distinction entre bonheur et plaisir est reconduite à une unité, la jouissance n’étant plus menacée par l’irruption du malheur. Le temps était aperçu dans ses attributs négatifs (les ruptures et saccades qu’il infligeait à une destinée incertaine) ; l’accident de Ménilmontant a permis qu’il soit dompté par la mise au jour d’un projet divin, d’une Providence qui en règle le cours et en justifie les aléas. Il n’est désormais plus nécessaire de légitimer les rigueurs que la temporalité inflige au sujet.
La mémoire et l’imagination permettent que le moment heureux, même s’il n’a pas duré aussi longtemps que la vie même, rejaillisse sur le présent de l’existence et dédommage l’individu du destin le plus terrible : évoquant le bonheur des Charmettes avec Maman, Rousseau écrit dans la dernière Promenade que « dans l’espace de quatre ou cinq ans [il a] joui d’un siècle de vie et d’un bonheur pur et plein qui couvre de son charme tout ce que mon sort présent a d’affreux[21] ». Quand bien même ces deux facultés seraient stupéfaites, ou plutôt grâce à la stupéfaction de celles-ci – la mémoire et l’imagination n’étant pas seulement rémunératrices, mais sont aussi la cause des tourments et l’artisan de nos maux[22] -  le bonheur demeure possible : la valeur absolue conférée à l’instant heureux l’éternise.




[1] Jankélévitch, La mort, Paris, Flammarion, 1996, p.407.
[2] « Le vivant est aux prises avec la stérile et mortelle antithèse et se défend désespérément contre le non-être ; la mort est le pur, l’absolu empêchement de se réaliser », Jankélévitch, La mort, p.407.
[3] Emile (Manuscrit Favre), OC IV, p.85.
[4] « S’il est mieux pour nous d’être que de n’être pas, c'en serait assez pour justifier notre existence, quand même nous n’aurions aucun dédommagement à attendre des maux que nous avons à souffrir, et que ces maux seraient aussi grands que vous les dépeignez », Lettre à Voltaire du 18 août 1756, Lettres philosophiques, op.cit.,  p.96.
[5] La Nouvelle Héloïse, Troisième Partie, Lettre VI, OC II, p.317.
[6] « Ces courts moments de délire et de passion, quelque vifs qu’ils puissent être ne sont cependant et par leur vivacité même, que des points bien clairsemés dans la ligne de la vie. Ils sont trop rares et trop rapides pour constituer un état, et le bonheur que mon cœur regrette n’est point composé d’instants fugitifs mais un état simple et permanent, qui n’a rien de vif en lui-même, mais dont la durée accroît le charme au point d’y trouver la suprême félicité », Les Rêveries du promeneur solitaire, Cinquième Promenade, OC I, p.1046.
[7] G. Poulet, Etudes sur le temps humain, éditions du Rocher, Paris, 1952, p.217.
[8] La durée est alors comprise à la manière lockéenne : « La durée et le temps qui en est un élément, est l’idée que nous avons de la distance évanescente dont deux éléments ne coexistent jamais, mais se succèdent : comme l’expansion est l’idée d’une distance permanente dont tous les éléments existent ensemble et ne peuvent se succéder », Essai sur l’entendement humain, Livre II, Chapitre 15, §12 « Deux éléments de durée n’existent jamais ensemble, ceux de l’expansion existent tous ensemble », Vrin, Paris, 2001, p.326. Locke exclut que l’existence puisse être continue : elle ne peut être que successive.
[9] Rappelons que le vicaire savoyard ne postule pas l’immortalité de l’âme, mais sa simple persistance après la mort du corps de telle sorte qu’elle puisse jour de l’ordre dont elle a été privée pendant la vie : « Mais quelle est cette vie, et l’âme est-elle immortelle par sa nature ? Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes ; tout ce qu’on appelle infini m’échappe. Que puis-je nier, affirmer, quels raisonnements puis-je faire sur ce que je ne puis concevoir ? Je crois que l’âme survit au corps assez pour le maintien de l’ordre ; qui sait si c'est assez pour durer toujours ? ». Le vicaire présume certes que l’âme ne mourra pas :« Je conçois comment le corps s’use et se détruit par la division des parties, mais je ne puis concevoir une destruction pareille de l’être pensant, et n’imaginant point comment il peut mourir, je présume qu’il ne meurt point ». Toutefois il faut comprendre que ce postulat de l’éternité de la vie de l’âme, s’il dépasse les bornes de la raison qui ne conçoit rien que de limité, est également en surplus par rapport à ce que prononce le sentiment intérieur : il faut et il suffit que l’âme survive assez pour le maintien de l’ordre. 
[10] Les Confessions, livre XII, OC I, p.646.
[11] Les Confessions, livre XII, OC I, p.646. Micheli du Cret était prisonnier d’état, jugé coupable de crime de lèse-majesté en 1731 et condamné par contumace à la prison perpétuelle pour s’être opposé à un projet de modification des fortifications de la ville de Genève.
[12] « Enfin à force de me livrer à ces réflexions et aux pressentiments inquiétants des nouveaux orages toujours prêts à fondre sur moi, j’en vins à désirer, mais avec une ardeur incroyable, qu’au lieu de tolérer seulement mon habitation dans cette Île, on me la donnât pour prison perpétuelle, et je puis jurer que s’il n’eût tenu qu’à moi de m’y faire condamner, je l’aurais fait avec la plus grande joie, préférant mille fois la nécessité d’y passer le reste de ma vie au danger d’en être expulsé », Les Confessions, livre XII, OC I, p.646.
[13] Les Confessions, livre XII, OC I, p.645.
[14] Les Confessions, livre XII, OC I, p.645.
[15] Les Confessions, livre XII, OC I, p.645.
[16] Les Confessions, livre XII, OC I, pages 645-646.
[17] Les Confessions, livre XII, OC I, pages 643-644.
[18] Les Rêveries du promeneur solitaire, Cinquième Promenade, p.1045.
[19] Emile, Livre V, OC IV, p.820.
[20] « Il est vrai que ces dédommagements ne peuvent être sentis par toutes les âmes ni dans toutes les situations », Les Rêveries du promeneur solitaire, Cinquième Promenade, OC I, p.1047.
[21] Les Rêveries du promeneur solitaire, Dixième Promenade, OC I, p.1099.
[22] La mémoire est une boite de Pandore qui rappelle au vieillard, jusque dans la situation la plus misérable, les souvenirs douloureux qui brisent la continuité son affection ; quant à l’imagination, elle le met en avant de lui-même en lui faisant espérer des biens qui ne seront peut-être pas. Dans son article, C. Van Staen traite du statut de la mémoire, partagée entre bourreau et remède, qui déjà dans les Confessions doit faire l’exercice d’une purification, d’un tri par l’écriture : « Ne point laisser le pire dominer sa mémoire : c'est le choix que tout individu confronté à la tragique fuite du temps se doit de poser s’il aspire encore à quelque frêle bonheur » (C. Van Staen, « Les sourires crépusculaires de Jean-Jacques Rousseau », Etudes Jean-Jacques Rousseau, numéro 13, 2002, p.250. Dans la première lettre à Malesherbes, Rousseau désigne l’imagination comme la cause de l’agitation : « Cette agitation n’a point son principe dans ma situation actuelle mais dans une imagination déréglée, prête à s’effaroucher sur tout et à porter tout à l’extrême » (Lettres à Malesherbes, Première lettre du 4 janvier 1762, OC I, p.1131).